Témoignage de Sébastien Padey.

Le lycéen que j'étais: plutot studieux, pas spécialement extraverti -bien au contraire. Pas excellent non plus. J'étais dans les meilleurs de ma classe, sans être le meilleur pour autant, et surtout sans particulièrement briller dans toutes les matières. Un goût certain cependant pour les sciences, en particulier les mathématiques et la physique. 

Mes années de prépa:

Comme tout le monde, elles furent exigeantes, éprouvantes, fatiguantes et parfois démoralisantes. Par contre, elles furent aussi un des meilleurs moments de ma vie, car elles sont l'une des rares occasions que l'on a dans la vie d'aller jusqu'au bout de soi-même, de dépasser ses limites. Mais aussi parce qu'elles sont parmi les rares années pendant lesquelles on peut se consacrer totalement à un sujet aussi vaste que passionnant, et pendant lesquelles notre soif de savoir est largement étanchée (voire même carrément dépassée => on est donc amené à saturer). Je les ai très bien vécues en fait, et les regrette même par moment (j'ai bien dit par moment) du fait de l'équipe dans laquelle j'ai pu me trouver à l'époque. L'ensemble élèves/professeurs était particulièrement sympathique, et lorsque le découragement arrivait (c'est force et réccurent, en prépa), tant les camarades que les professeurs étaient là pour nous soutenir, et non pour nous enfoncer. Bref, l'une des meilleures périodes de ma vie, même si ce furent sans doute parmi les plus éprouvantes physiquement et intellectuellement. 

Le choix de l'école:

D'abord, le choix de faire 5/2: je n'avais pas les écoles que je souhaitais et je sentais bien que j'étais, pour des raisons personnelles, passé à côté de ce que je pouvais réellement réalisé dans les concours. Ensuite, la deuxième année: là, le choix fut difficile, car forcement plus vaste. J'ai choisi l'ENSICA parce que je souhaitais avant tout faire de l'aéronautique. A présent je me rends compte qu'il n'y a que deux options dans ce choix: soit on choisit par passion/intérêt pour un domaine particulier, soit on choisit par niveau d'école, en éliminant de base - peut-être est-ce une erreur - les écoles dont le sujet vous fait peur (Sup'Elec par exemple pour un non passionné d'électricité et d'électronique). En tout cas, je ne regrette pas vraiment ce choix à présent. 

Les années d'école:

3 ans fantastiques. Là aussi, deux types d'élèves: ceux qui considèrent qu'ils ont beaucoup travaillé en prépa, et qui préfèrent donc profiter à fond de leurs années d'étudiants (fêtes, horaires variables, etc...). Et ceux qui sont suffisamment passionnés pour continuer à s'investir un maximum dans ces nouvelles études qui leur sont proposées. Je faisais partie des seconds. Cependant, ce furent sans doute mes meilleures années. En effet, le rythme, bien que soutenu si l'on s'implique dans ses études, est bien plus léger qu'en prépa et il laisse une part plus que correcte à la vie étudiante et autres activités non scolaires. Quant à la partie "cours", c'était vraiment merveilleux: des sujets divers, pour tous les goûts, avec des profs passionants et des moyens bien au-delà des rêves d'un jeune de math spé. De nombreuses rencontres également avec les mondes de l'industrie et de la recherche. 

Le premier emploi:

je ne compte pas les stages multiples que chacun réalise en école. Je pourrais développer si vous le souhaitez. Mon premier emploi : ingénieur analyste d'essai chez Dassault-Aviation, aux Essais en Vol, à Istres. Ce métier consiste à la préparation du suivi des vols d'essais (acquisition de données, préparation des visualisations de la salle d'écoute qui permettent de suivre le vol en direct et d'aider l'ingénieur d'essai à suivre et conduire les essais), et à l'analyse de ces essais (résultats d'essais, investigations particulières suite à un problème, une anomalie, etc...). Ce métier passionant, mais aussi très exigeant (et oui, on ne peut guère l'apprendre à l'école, et pourtant il ne pardonne guère les erreurs), m'a beaucoup intéressé, énormément appris, et qui plus est permis de m'intégrer complètement au sein des équipes essais en vol (ingénieurs d'essai, pilotes d'essais, ingénieurs de piste, mécaniciens, coopérants d'autres industries, voire même clients). Bref, aucun regret. 

Les emplois successifs:

en fait, il ne s'agit, pour le moment, que de la même activiée. Si ce n'est que mes deux premières années à Istres ont concerné le Mirage 2000-9 (export), et que les deux suivantes se sont déroulées en expatriation aux Emirats Arabes Unis (Abu Dhabi), sur le même avion, comme support aux équipes d'essais du client dans la partie d'essais qu'ils avaient souhaité réaliser par leurs propres moyens dans leur pays. Une expérience enrichissante, c'est évident: la plupart de mes collègues expatriés et moi-même ne rêvons à présent que d'une chose: revivre une aventure de ce type. Depuis deux ans à present, je suis revenu des Emirats et je travaille à nouveau à Istres, sur Falcon 7X cette fois (le dernier né des avions d'affaire Dassault). Du nouveau, toujours du nouveau: après le système d'armes sur avions militaires, me voici multi-sujets sur cet avion civil, et responsable de la coordination de mes collègues pour les analyses des essais effectués sur le prototype numéro 1. Pour le coup, ma formation à l'ENSICA m'aide énormément. Les sujets à traiter sont en général simples, mais leur grand nombre, le peu de temps alloué, et leur variété nécessite un vernis que l'on n'acquière que par une école d'ingénieur à la fois généraliste (tous sujets) et spécialiste (domaine aéronautique/spatial), et qui est très appréciable, tant pour ne pas se sentir démuni sur certains sujets, que pour parler le même langage que mes collègues des essais, du bureau d'études, ou de la production.